Nous n etions plus qu a une semaine de la fin de notre traversee a pied, mais une derniere zone desertique, (sans un point d eau) de 110 kilometres, restait a franchir. Meme avec notre charette, cela n etait pas realisable car il nous fallait porter 22 litre d eau ! Ce n etait pas cet ultime obstacle, si pres de la fin, qui allait nous faire flancher. Nous n avons pas eu d autre choix que de nous procurer un second caddie pour seulement quelques jours ! Heureusement, ils se trouvent facilement en Argentine... Durant ces trois jours de traversee, entre notre chargement, les bouteilles que l on nous a offertes en cours de route et les Difunta Correa, nous avons eu suffisament d eau pour prendre le luxe de nous debarbouiller la figure et nous laver les mains. Les Difunta Correa sont de petits sanctuaires dedies au mythe de la defunte Deolinda Correa, morte de soif le long d un chemin. Disperses sur les bords de routes a l origine par les muletiers, aujourd hui tous les conducteurs y deposent des bouteilles d eau en offrande (parfois nous avons eu la chance d en trouver des non-ouvertes).
Pendant ce passage arride, nous n etions pourtant qu a une cinquantaine de kilometres des plus hautes montagnes des Andes, avec leurs neiges eternelles, leurs glaciers et leurs rivieres qui en decoulent. A notre droite, nous pouvions apercevoir ces hauts sommets de blancs vetus. Mais cela n etait possible qu au matin en general car l apres midi le ciel se couvrait, laissant place a de violents orages. Dans cette pampa, ou il n y avait aucun pylone electrique (contrairement aux autres etendues), aucun panneau de signalisation bordant la route et meme pas un arbre... Notre tente etait le seul para-tonnerre a des kilometres a la ronde ! La nuit fut tres impressionnante lorsque les eclairs grondaient tout pres de nous. A l apporche de Uspallata, nous sommes tombes sur la ruine Inca de Tambillos (les Tambos etaient des auberges relais le long du chemin Inca). Nous nous sommes apercus que depuis Barreal et peut etre meme avant, nous etions sur les traces du Qhapaq Nan, mais celui ci est aujourd hui recouvert par les pistes et les routes.
Pour nos derniers kilometres, nous avons remonte la valle du Rio Mendoza ou nous y avons egalement trouve des traces historiques, deux autres Tambos et un petit pont colonial. Dans cette vallee au passe culturel riche, le Qhapaq Nan et ce qui l entourait se sont effaces avec le temps suite a la construction succesive de pistes, de routes et de la route internaionnale entre l Argentine et le Chili. Afin d eviter la forte circulation, notamment de camion, nous avons marche sur les anciennes pistes et la ligne de chemin de fer desaffectee aux ponts vertigineux (mais heureusement bien conserves) pour apprecier paisiblement le paysage de haute montagne dans lequel nous nous sommes replonges.
Au bout de ce chemin de 4700 kilometres, nous avons atteint le celebre Puente del Inca, situe a deux pas de l Aconcagua, le plus haut sommet des Andes. Il s agit d un pont naturel que les Incas s etaient appropries, mais les ruines du complexe hotelier-balneaire sont plus recentes, elles datent des annees 1900. Ce site magnifique a marque, pour nous, la fin de notre marche a travers l Empire Inca Tahuantinsuyu, meme si celui ci s etendait encore un peu plus au Sud. C est avec joie d avoir reussi a aller au bout de notre grande aventure, que nous avons pose nos sacs et avons fete cet evenement au snack du coin avec un hamburger-biere.
Nous souhaitions toutefois une fin plus majestueuse, eloignee d un lieu si touristique compose de stands a souvenirs, d hotels et de snacks-resto. C est pour cela que nous avons renfile nos chaussures, pour un symbole plus a l image de notre voyage... A suivre au prochain episode ;o)
